A l'époque, malgré un ralentissement économique, la Bourse avait plutôt tendance à remonter et le gouvernement encourageait l'actionnariat populaire…
Voici le texte du communiqué du 09/12/05:
L’actionnariat populaire est relativement peu développé en France. Les actionnaires représentent environ 14% de la population française alors qu’aux Etats-Unis ils sont près de 50%.
Dans un contexte économique peu brillant, le gouvernement a tout intérêt à encourager l’actionnariat. Celui-ci permet aux entreprises de collecter de l’argent frais et donc de redynamiser la croissance.
A quel prix ? Les expériences récentes montrent que l’actionnariat populaire présente des ratés. On l’a vu récemment avec EDF, on l’a vu aussi avec les soi-disant « produits garantis » vendus par les banques à leurs clients et qui ont fait perdre à certains jusqu’à 50% de leurs économies.
Contrairement à des placements sûrs comme le livret d’épargne, l’actionnariat présente des risques, parfois de très gros risques.
Or, les réformes faites par le gouvernement visent à encourager les Français à placer de plus en plus leur argent en Bourse. Ainsi, le seuil des cessions à partir duquel les plus-values sont imposables a été monté à 15 000 euros sous Raffarin. Plus récemment, le projet de loi de finances rectificative prévoit d’exonérer totalement les plus-values réalisées sur des actions au bout de huit ans.
Mais les Français ont-ils le choix ? A côté de ces réformes, le gouvernement s’attaque aux placements sûrs. Le livret A a encore baissé cet été — il est désormais à 2% alors que l’inflation est de 1,8% — et les Plans d’épargne logement (PEL) ne seront plus désormais exonérés d’impôt.
En bref, les placements sûrs sont pénalisés et les placements à risque sont encouragés. Ces derniers permettent aussi aux banques de réaliser d’énormes profits, notamment grâce aux frais de gestion, ainsi qu’aux droits d’entrée et de sortie.
Afin de relancer la croissance, de permettre aux grosses entreprises d’engranger de l’argent frais et aux banques de faire des bénéfices, le gouvernement veut encourager le capitalisme de masse. Soit, mais qu’il protège alors les épargnants des ratés de l’actionnariat populaire afin de ne pas les envoyer, une nouvelle fois, vers le casse-pipe boursier.

Après ce communiqué d'autres mesures ont été prises afin d'encourager les Français à placer leurs économies en Bourse: suppression de l'impôt de Bourse, amendement Fourgous visant à faciliter le transfert des assurances-vie en euros (placements sûrs) vers des assurances-vie en unités de compte (placements boursiers i.e. à risque), etc.
En 2006, 40% du capital des assurances-vie était investi sur des unités de compte contre 20% en 2000.
Autrement dit, une grande partie de ce qui est communément appelé le "placement préféré des Français" a été exposée aux aléas des marchés financiers. Etrange, pour des gens qui en souscrivant une assurance-vie cherchent à se prémunir contre des risques plutôt que de s'y exposer.

Or, cela s'est passé quelques mois avant le krach débuté l'été 2007. D'après les témoignages que nous recevons régulièrement à l'association, ces épargnants qui ont placé leur argent en Bourse, notamment via les assurances-vie en unités de compte, sont aujourd'hui très inquiets car ils sont en train de perdre énormément d'argent, parfois les économies d'une vie entière.
Que répond le gouvernement à cela?
Dans un courrier adressé le 11 avril 2007 à SOS Petits Porteurs, le candidat Nicolas Sarkozy avait affirmé que "[s'il était] élu Président de la République" il associerait notre association, "ainsi que l'ensemble des associations intéressées", à une réflexion sur la moralisation du capitalisme financier, ainsi que sur la situation et les attentes des épargnants, notamment des petits porteurs qui ont subi des "pertes et préjudices" lors du krach de 2000 (voir la lettre).
Nous attendons toujours…
De même qu'il aide les banques, nous espérons que le gouvernement aidera les centaines de milliers de personnes qui ont été envoyées au casse-pipe boursier ces dernières années, alors qu'il n'y avait aucune certitude quant à l'avenir des marchés financiers.