Le blues des petits actionnaires (article du Monde du 21/05/10)
Par SOS Petits Porteurs, samedi 22 mai 2010 à 13:18 :: Médias :: #159 :: rss
Article du Monde.fr du 21/05/10:
" Crise économique, baisse de l'euro, volatilité des marchés… Les temps sont durs pour les petits actionnaires. De plus en plus nombreux à gérer leur portefeuille en ligne, ils ont pris leurs distances avec leur banque. "La crise de confiance est profonde, observe Didier Cornardeau, président de l'Association des petits porteurs actifs (Appac), et les comportements ont changé."
DÉCRYPTAGE Les petits actionnaires prêts à en découdre
"Je ne veux plus être le pigeon que j'ai été jusqu'à présent", témoigne Guillaume F., un internaute du Monde.fr. Pendant quarante ans, il est resté fidèle à la même banque, une entreprise "remarquable par sa capacité à produire des pertes sur les placements réalisés sur ses conseils pendant que ses traders se goinfrent des bonus énormes". Sur ses conseils, il a souscrit une assurance-vie, des produits garantis et des "placements qui devaient [lui] rapporter gros". Malheureusement, les produits "garantis" sont en chute de 3 à 7 % et sa perte s'élève à 47,5 % sur les fameux placements. Ironie de l'histoire : les seules actions qui ont rapporté au petit porteur sont celles qu'il a acheté de son propre chef.
LES PLACEMENTS NE SONT RENTABLES QU'À LONG TERME
Le cas de Guillaume F. est loin d'être une exception. "Les conseillers financiers des banques sont avant tout des commerciaux qui placent leurs produits. Il ne faut pas investir en Bourse si on n'est pas prêt à prendre de gros risques, insiste Jean-Claude Delarue, de l'association SOS Petits Porteurs. Pour les actionnaires, les placements ne sont rentables qu'à moyen ou à long terme." Encore faut-il savoir vers quelles entreprises se tourner.
Claire I., une étudiante de 25 ans, a investi en Bourse une petite somme d'argent versée par ses parents, "dans l'espoir d'obtenir quelques plus-values et de devenir un jour propriétaire de [son] logement". Elle s'est constitué un portefeuille varié d'actions européennes, surtout françaises. "Uniquement de très grandes entreprises", précise-t-elle. "Mais quelle que soit l'entreprise choisie, le résultat est toujours le même : on a beau se renseigner, lire les rapports d'activité, tenter de comprendre les notations des agences, on finit par voir nos maigres économies se casser la figure. Comment prévoir qu'une filiale de la Caisse d'épargne allait être mise en cause par la justice américaine ? Comment aurais-je pu savoir que la crise grecque allait faire baisser les 9/10 de mes actions ?", s'interroge la jeune fille.
"CINQ ANS AVANT QUE LES CHOSES NE SE STABILISENT"
Difficile en effet d'y voir clair. La crise financière qui a éclaté en 2007 a bouleversé la donne. Dans des secteurs comme l'automobile ou les sociétés bancaires, les actionnaires ont le sentiment de "s'être fait plumer", rapporte Colette Neuville, la présidente de l'Association de défense des actionnaires minoritaires (ADAM). Pour Pascale P., 49 ans, ingénieure en informatique, c'est plutôt le "découragement" qui prime.
Pascale P. se dit "éberluée" que les banques ayant commis de graves fautes ne soient pas pénalisées. "Elles devraient au moins rembourser les dégâts qu'elles ont causés". Mais pour Didier Cornardeau, le problème réside surtout dans la gouvernance des entreprises. Si les dirigeants ont failli, en particulier au sein des banques, c'est que les conseils d'administration les ont laissés faire. "Aujourd'hui les administrateurs s'autodésignent. Les conseils sont aux mains de quelques personnes qui cumulent les postes", regrette le président de l'Appac.
"LES COURS REMONTERONT BIEN UN JOUR OU L'AUTRE"
D'après lui, il faudra "au moins cinq ans avant que les choses ne se stabilisent". C'est pour cette raison que l'Appac a vivement conseillé aux petits actionnaires de geler leur portefeuille et de ne privilégier que les entreprises qui ont un véritable projet industriel. "Avant d'investir, il faut vraiment se pencher sur l'évolution des sociétés, en faisant fi des rumeurs. Beaucoup d'entreprises ont eu de bons résultats, mais cela ne se reflète pas nécessairement sur leur cours de Bourse", explique Didier Cornardeau.
"Il faut juste attendre le bon moment", philosophe David M., qui a ouvert un compte il y a quatre mois chez un courtier en ligne. "A l'époque, le CAC 40 était à presque 4 000 points. Il est tombé à 3 400 aujourd'hui. Sur 6 000 euros placés, il ne m'en reste plus que 5 000. Mais pas de panique : les cours remonteront bien un jour ou l'autre."
Elise Barthet
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