BOURSE - Face à la chute de la Bourse, les petits porteurs ont fait le gros dos
PARIS, 31 déc 2008 (AFP) Malgré une année catastrophique qui a vu le CAC 40 perdre plus de 40%, les petits porteurs ont souvent préféré faire le gros dos et conserver leurs actions, contrairement aux gros investisseurs, pariant sur un rebond de la Bourse à moyen terme.
"Pour avoir connu d'autres crises, je remarque que les actionnaires individuels sont étonnamment calmes", constate Véronique Guisquet-Cordoliani, secrétaire générale adjointe de la Fédération française des clubs d'investissement (FFCI).
"On n'a pas connu les mouvements de panique de 2001", date du dernier plongeon des marchés, ajoute-t-elle.
Les sommes investies en actions françaises via des OPCVM, fonds de placement prisés par les petits épargnants dont certains ont été pris dans le scandale Madoff, avaient enregistré une baisse de 42% à fin octobre (selon l'Autorité des marchés financiers, AMF).
Pendant la même période, la baisse du CAC 40 atteignait 38%. Cela revient donc à dire que les ventes d'actions des particuliers ont été limitées.
A fin 2007, 6,7 millions de Français détenaient en direct des actions de sociétés cotées, tandis que 2,3 millions de plus en possédaient par le biais d'OPCVM investies uniquement en actions, selon une étude de TNS Sofres pour le compte de NYSE-Euronext.
Alors que les investisseurs institutionnels se sont massivement détournés des actions, en particulier depuis le dépôt de bilan de la banque américaine Lehman Brothers mi-septembre, beaucoup de particuliers se sont tenus à l'un des grands commandements de l'actionnaire: pas vendu, pas perdu.
"En 2008, on a dit aux actionnaires: vous gelez" vos investissements, "même si vous avez des pertes", résume Didier Cornardeau, président de l'association des petits porteurs actifs (APPAC). "C'était trop tard pour se retirer", ajoute-t-il, "il aurait fallu le faire en juillet 2007".
"Ensuite, il va falloir saisir les opportunités", estime-t-il, "mais attendre, au minimum, la fin du premier semestre 2009", pour bénéficier d'une visibilité suffisante sur les perspectives des entreprises cotées.
"L'attitude des petits porteurs c'est de dire peut-être que la crise sera de courte durée, attendons", explique Thierry Ottaviani, président de l'association SOS Petits Porteurs.
Pour autant, "si on est vraiment dans une situation de crise, les petits porteurs retireront leurs billes, à perte. Les gens ont besoin de vivre. Donc il y a un potentiel de vente qui est encore important", prévient-il.
La patience des actionnaires individuels tient également au fait que la baisse est généralisée, toutes les valeurs du CAC 40 ayant, par exemple, reculé sur l'année.
"Les actionnaires ne sont pas très vindicatifs face aux sociétés cotées parce que, quels que soient les résultats qu'elles annoncent, elles sont pénalisées", analyse Mme Guisquet-Cordoliani.
Néanmoins, la crise financière a incité les petits porteurs à faire leur mue, dans un pays à la culture financière encore embryonnaire.
"On se retrouve face à des actionnaires individuels qui ne veulent plus qu'on leur dise +c'est comme ça et pas autrement+, ou d'avoir leur banquier qui leur vend un produit sans service après vente, sans explication", explique Mme Guisquet-Cordoliani.
"Maintenant, les épargnants se font leur propre culture, se posent des questions", renchérit M. Cornardeau.
Une démarche qui témoigne d'une relative crise de confiance dans le conseil financier prodigué par les professionnels de l'investissement, qui naviguent eux-aussi à vue actuellement.
"Il y a une cassure entre la banque et les épargnants", estime M. Cornardeau. © 2008 AFP