Le nouveau groupe BPCE, né de la fusion entre la Caisse d’Épargne et la Banque Populaire, a délesté sa filiale Natixis d’un portefeuille d’actifs encombrants. Un geste fort, de nature à satisfaire les petits porteurs, malmenés depuis trois ans.
En assumant désormais les pertes potentielles liées à un portefeuille d’actifs illiquides (difficiles à vendre) et en partie toxiques, BPCE a libéré Natixis d’un boulet qui a directement occasionné plus de 6 milliards d’euros de pertes ces 18 derniers mois.
Selon les estimations de la jeune banque, créée en novembre 2006, cet ensemble de créances titrisées, c’est-à-dire transformées en titres financiers, pèse encore 34,4 milliards d’euros et pourrait générer 7 milliards de pertes supplémentaires, déjà provisionnées par BPCE. Par comparaison, le coût de la garantie, une cinquantaine de millions d’euros versée chaque année à BPCE, paraît modique. Délesté, Natixis « devrait être en mesure » de renouer avec les bénéfices au second semestre 2009, a estimé hier le président du conseil d’administration, François Pérol, reconnaissant néanmoins qu’il serait « difficile » de dégager un excédent sur l’ensemble de l’année. « Le profil de risque de Natixis est très réduit et sa capacité bénéficiaire nous paraît restaurée », a jugé François Pérol. Une résurrection pour la banque, qui a encore perdu 883 millions d’euros au deuxième trimestre et reste sur cinq trimestres consécutifs dans le rouge. Le marché l’a bien senti, le cours de l’action bondissant de 40 % dès l’ouverture hier, après une séance de suspension de cotation, mardi. « Il y a eu un effort de BPCE en faveur de Natixis et des actionnaires minoritaires », estime Pierre Flabbée, analyste de Kepler Capital Markets. Désormais au-dessus des 3 euros, le cours pourrait se redresser jusqu’à 5 ou 6 euros à moyen terme, selon M. Flabbée, pour qui la décision de BPCE peut redonner à Natixis « un statut de valeur investissable », qu’elle avait perdu.
« C’est quand même une bonne nouvelle »
Le geste est significatif pour les petits actionnaires historiques, qui avaient vu l’action passer brièvement sous la barrière symbolique d’un euro début mars. Pour ses débuts à la tête de BPCE, qui n’existe officiellement que depuis fin juillet, François Pérol a su repositionner Natixis en étendard coté présentable aux investisseurs. Il devra néanmoins assumer le transfert du risque de Natixis vers BPCE, qui a perdu 757 millions d’euros au premier semestre. « C’est quand même une bonne nouvelle », commente Thierry Ottaviani, président de l’association SOS Petits Porteurs, pour le cours de l’action, mais aussi parce que renaît « l’espoir du retour des dividendes ». Pour autant, « il est totalement illusoire de penser que les actionnaires historiques vont recouvrer la totalité de leur investissement », ajoute-t-il. Retrouver le niveau du cours d’introduction de 19,55 euros, même à long terme, paraît difficile à envisager. Une part importante des 2,5 millions d’épargnants qui s’étaient engagés, fin 2006, dans l’aventure Natixis, « en sera de sa poche », selon Thierry Ottaviani, qui n’hésite pas à dresser un parallèle avec le naufrage d’Eurotunnel, qui ne concernait « que » 700 000 épargnants.
Reste la procédure judiciaire, voie choisie par plusieurs petits porteurs qui avaient saisi la justice au printemps. Début mars, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire. « Pour beaucoup, c’est devenu une question de principe », résume Thierry Ottaviani.